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Le Temps à l'école , Géraldine MAUGARS

L’imprévu en classe

NUMÉRO


2026

Dans le cadre des échanges avec les établissements scolaires chrétiens coordonnés par le Réseau Barnabé, six professeurs palestiniens ont rencontré des homologues français dans l’ensemble scolaire Saint-Jean de Passy autour d’une question ouverte : Comment vit-on le temps à l’école ?

Blandine, enseignante en maternelle, soutient qu’il faut laisser de la place à l’imprévu. « J’ai envie de perdre du temps, de ne pas gérer le temps. Il s’agit de faire des hors sujets. Par exemple, je vais prendre du temps si un enfant va mal. L’autre jour, des hélicoptères survolaient le quartier. Nous avons pris le temps d’en parler. A ce moment-là, ce n’était pas si important la grammaire. » Aurélie précise : « Il faut un cadre et s’adapter à la classe. Il ne faut pas avancer de manière théorique. Cela varie d’un cours sur l’autre. » Baptiste fait un parallèle avec le cinéma : « Chez les cinéastes Chantal Akerman et Ozu, le cadre est souvent fixe, ce qui permet justement des sorties du cadre. »


« L’imprévu est l’occasion d’une inventivité du professeur. »


Laisser la place à l’imprévu est-il toujours possible ? Yacoub remarque : « C’est une grâce d’avoir cette liberté de choisir. Puis-je le faire ? Ai-je l’autorité ? Il y a une pression du programme. Il y a une insistance de finir. Il y a des tests. Notre système est structuré ainsi. Nous ne sommes pas libres. Il y a un niveau à atteindre. »

Pour Blandine, « le temps d’échanges est important, il faut aller à leur rythme. Il faut prendre le temps qu’ils apprennent vraiment. » Lydia explique qu’elle a changé sa façon de faire : « Je me mettais la pression car je voulais tout finir. Parfois c’était bâclé. J’ai arrêté. J’ai appris et tant pis si je n’ai pas fini. C’est du temps de gagner sur l’apprentissage. »

Yacoub va jusqu’à proposer que les élèves organisent leurs temps d’apprentissage : « On peut travailler autrement. Il faut les responsabiliser. Ils n’ont pas l’habitude, mais à la fin ils aiment.  Par exemple, en sciences, ils cherchent des informations, ils les analysent. Ils ont le livre, regardent des vidéos. Ils font attention aux mots, ils les définissent. Ils font une petite présentation.  Cela prend plus de temps en amont, c’est plus long. Pour un même chapitre, j’ai besoin de deux séances contre 3 à 4 séances lors d’un travail en groupe mais le résultat change tout. Ce sont eux qui font leurs propres apprentissages. Il faut accepter qu’au début ils soient improductifs. »

L’imprévu est l’occasion d’une inventivité du professeur. Eva raconte : « Je devais faire un cours sur l’orientation dans l’espace (« en bas », « en haut », « dessus », « dessous »). Les filles avaient eu de mauvaises notes, elles ne voulaient pas étudier, elles étaient difficiles à gérer. Nous sommes descendues dans la cour, je les ai séparées en deux groupes et elles ont appris les mots en jouant. Elles sont sorties de leurs mauvaises notes et elles étaient contentes. Elles se souviennent de ce cours. » Elle prend un autre exemple : « Je devais faire un cours de production orale. Or les filles n’osaient pas parler.  Dans un théâtre, j’ai inventé une scène : j’ai marché et je me suis arrêtée comme si je voyais quelque chose qui me faisait peur.  J’ai utilisé le lexique et là les filles ont eu le courage de commencer. »

Cette discussion sur l’imprévu, elle-même imprévue, est à poursuivre lors de futurs rencontres du Réseau Barnabé.

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